Alstom engage un plan de redressement industriel sous l'impulsion de Martin Sion
jeudi 14 mai 2026
Le 13 mai 2026, Alstom a reconnu des retards de production sur son exercice 2025-26. Pour y remédier, son directeur général Martin Sion annonce la création de "tiger teams" inspirées du modèle de Safran, avant un plan industriel complet attendu en janvier 2027.
Alstom occupe une position singulière dans l’industrie ferroviaire mondiale. Deuxième constructeur mondial de matériel roulant, le groupe français accumule les contrats dans un secteur soutenu par les politiques de mobilité durable, mais peine depuis plusieurs exercices à transformer ce carnet de commandes en livraisons au rythme attendu. Le 13 mai 2026, lors de la présentation des résultats annuels, Martin Sion a reconnu les difficultés opérationnelles rencontrées au cours de l’exercice écoulé et présenté les premières mesures d’un plan de redressement industriel. Le détail complet sera dévoilé en janvier 2027, après une phase de test des nouvelles organisations sur plusieurs projets pilotes.
Un carnet de commandes record, une exécution en deçà des objectifs
L’exercice fiscal 2025-26 d’Alstom illustre un déséquilibre persistant entre dynamique commerciale et capacité industrielle. Du côté des prises de commandes, la performance est qualifiée de record dans le communiqué officiel du groupe publié le 13 mai 2026. En revanche, la production n’a pas suivi le rythme prévu : 4 284 véhicules ferroviaires ont été livrés sur l’exercice, soit environ 100 unités de moins que les objectifs fixés en début d’année, un écart proche de 2 %.
Ce résultat révèle des difficultés structurelles. Depuis l’intégration de Bombardier Transport en 2021, Alstom gère un portefeuille de contrats considérablement élargi : nouvelles usines en Europe et en Amérique du Nord, projets menés en parallèle sur des gammes très différentes, de la grande vitesse aux métros automatiques. La coordination entre les sites de production et le respect des échéances contractuelles sur ces grands projets restent des défis majeurs. Les processus actuels se sont révélés insuffisants pour absorber cette complexité. Or, chaque retard de livraison expose le groupe à des pénalités contractuelles qui pèsent directement sur les marges et fragilisent les relations avec des clients souvent publics.
La pression est d’autant plus forte que les perspectives de demande demeurent soutenues. Les politiques climatiques européennes et les plans de renouvellement des flottes ferroviaires en Allemagne, au Royaume-Uni et en France alimentent un carnet de commandes engageant le groupe sur plusieurs années. Honorer ce volume de commandes suppose une organisation industrielle capable de maintenir des cadences de production stables.
Les « tiger teams », un modèle inspiré de Safran
Pour répondre à ces difficultés opérationnelles, Martin Sion a annoncé la mise en place de « tiger teams » : des équipes pluridisciplinaires dédiées à certains projets afin de résoudre rapidement les blocages opérationnels. Cette méthode s’inspire directement des pratiques développées chez Safran, acteur majeur de l’aéronautique et du spatial, qui a développé des outils de pilotage industriel adaptés aux programmes longs et fortement capitalistiques.
Le dispositif repose sur une logique de transversalité. Plutôt que de faire remonter les problèmes selon les circuits hiérarchiques classiques, les « tiger teams » réunissent dans une même cellule des compétences en ingénierie, approvisionnement, qualité et production, avec une autonomie suffisante pour prendre rapidement des décisions opérationnelles. Chez Safran, cette organisation a contribué à maintenir des cadences de livraison élevées dans le contexte de reprise post-Covid du secteur aérien. Martin Sion espère adapter ce modèle au ferroviaire, où les contrats publics et les délais de réalisation sur plusieurs années créent des contraintes comparables.
Le choix de Safran comme référence s’explique par plusieurs caractéristiques communes aux deux groupes : des projets longs et fortement capitalistiques, des pénalités de retard importantes et une dépendance étroite à des fournisseurs stratégiques pour certains composants critiques. Cette adaptation au secteur ferroviaire nécessitera toutefois des ajustements liés à des cycles de production différents de ceux de l’aéronautique.
Un plan de redressement attendu en janvier 2027
Le 13 mai 2026 marque davantage le lancement d’une nouvelle organisation qu’une annonce définitive. Alstom a choisi une approche progressive : les « tiger teams » seront d’abord déployées sur quelques projets pilotes afin d’évaluer leur efficacité avant une éventuelle généralisation. Le plan industriel complet sera présenté en janvier 2027, laissant plusieurs mois pour ajuster ces nouvelles organisations à partir des premiers résultats opérationnels.
En optant pour cette montée en puissance progressive, Alstom cherche à éviter de désorganiser des équipes déjà confrontées à d’importantes contraintes de livraison. Cette prudence impose néanmoins une forte discipline d’exécution dans les prochains mois : les premières « tiger teams » devront démontrer des résultats concrets avant la présentation de janvier, sous peine d’affaiblir la crédibilité du dispositif.
Pour les investisseurs et les clients du groupe, le rendez-vous de janvier 2027 sera déterminant. La présentation des résultats de l’exercice 2026-27, attendue au printemps suivant, fournira les premiers indicateurs permettant d’évaluer l’impact des nouvelles organisations sur les volumes de livraison et les marges opérationnelles. Alstom sera jugé non sur l’ambition affichée du plan, mais sur sa capacité à le traduire en livraisons réalisées dans les délais.
Photos : lemonde.fr
