Dirigeant Entreprises
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Nicolas George à la prise de direction de Lafarge France, groupe Holcim

Nicolas George prend la direction générale de Lafarge France avec un parcours atypique

jeudi 4 juin 2026

Nicolas George devient DG de Lafarge France (Holcim), après vingt ans en marchés émergents et une formation initiale en viticulture-œnologie

De la vigne aux matériaux de construction : un itinéraire singulier

Nicolas George prend la direction générale de Lafarge France, filiale française du groupe Holcim, sans avoir suivi la trajectoire habituelle des directeurs généraux de l’industrie française. Adolescent, il a raté son baccalauréat et a dû redoubler, avant de s’orienter vers un BTS viticulture-œnologie, formation à rebours des classes préparatoires qui alimentent encore largement les états-majors des grands groupes industriels. C’est AgroParisTech qui lui a ensuite offert un cadre plus généraliste, à la croisée des sciences du vivant, de la gestion et de la stratégie.

Une césure passée entre la Chine et l’Australie a scellé son orientation vers les carrières internationales. Après un court passage dans le conseil, il rejoint Lafarge à Pékin pour trois ans. S’enchaînent ensuite des expatriations successives : Ouganda, Birmanie, Algérie. Ce sont au total près de vingt ans de missions dans des marchés émergents, dans des environnements économiques, réglementaires et culturels profondément différents. Ces contextes l’ont confronté à des défis logistiques et institutionnels que les marchés européens matures ne génèrent pas de la même manière.

Lafarge France face à l’accélération des exigences environnementales

Lafarge France, filiale du groupe suisse Holcim, numéro mondial des matériaux de construction, réalise un chiffre d’affaires annuel supérieur à 2 milliards d’euros et emploie plus de 5 000 personnes sur le territoire national. Elle produit du ciment, du béton et des granulats destinés au marché français de la construction, civil et résidentiel.

La prise de poste de George intervient dans un contexte réglementaire exigeant. Le secteur de la construction représente environ 10 % des émissions de CO2 en France. Les exigences de la loi Climat et Résilience encadrent de façon croissante les matériaux utilisés dans le bâtiment, et les régulations européennes sur les émissions industrielles pèsent sur toute la filière cimentière. Holcim a par ailleurs fixé un objectif de neutralité carbone pour 2050, avec des étapes intermédiaires pour 2030. La nomination de George, dont l’orientation vers la durabilité est mise en avant par le groupe, s’inscrit directement dans cette feuille de route.

Il succède à Xavier Guesnu, appelé à prendre la direction de la région Europe centrale et orientale du groupe Holcim et à rejoindre son comité exécutif, et dont le mandat a été marqué par les premières adaptations aux contraintes environnementales. La transition vers des ciments à moindre teneur en clinker, qui concentrent l’essentiel des émissions de CO2 du processus de fabrication, constitue l’un des chantiers techniques les plus structurants pour les années à venir. Selon des propos rapportés par Le Figaro Décideurs, George indique vouloir rester « à la pointe, sur le terrain du développement durable notamment ».

Un profil atypique dans un secteur à recrutement traditionnel

Dans l’industrie lourde française, les postes de direction générale sont historiquement pourvus par des diplômés des grandes écoles d’ingénieurs ou des écoles de commerce. La nomination de Nicolas George, passé par un BTS agricole avant d’intégrer AgroParisTech, contraste avec ce schéma dominant.

L’expérience accumulée dans des marchés émergents, plus exposés à la volatilité des coûts de l’énergie et aux contraintes institutionnelles, constitue une base opérationnelle que George va désormais mettre au service d’un marché mature et fortement encadré. Holcim fait ainsi le choix d’un dirigeant construit par la mobilité géographique et les contextes complexes, plutôt que par une filière de formation nationale canonique.

Cette nomination illustre, sans la généraliser, une évolution progressive des critères de sélection dans les grandes entreprises industrielles présentes en France. Elle intervient à un moment où le secteur de la construction est attendu sur des engagements environnementaux concrets, nécessitant des profils capables d’articuler expertise de terrain et compréhension des enjeux de durabilité à l’échelle internationale.

Les feuilles de route bas carbone définies par le groupe Holcim constitueront le principal cadre de l’action de Nicolas George à la tête de la filiale française. Dans un secteur qui pèse lourd sur le bilan carbone de l’économie nationale, la capacité à accélérer la décarbonation des procédés industriels tout en maintenant la compétitivité commerciale représentera l’épreuve centrale de ce mandat.

Photos : lafarge.fr