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Visite de l'usine Framatome du Creusot par la  ministre de la transition energetique

Bernard Fontana nommé PDG d’EDF : un industriel au défi du renouveau nucléaire

jeudi 1 mai 2025

C’est un changement de cap majeur pour le géant de l’électricité français. Le gouvernement a fait le choix de l’industrie et de l’expérience technique en nommant Bernard Fontana à la tête d’EDF. Portrait d’un homme aux commandes d’un navire électrique en pleine tempête.

C’est un changement de cap majeur pour le géant de l’électricité français. Le gouvernement a fait le choix de l’industrie et de l’expérience technique en nommant Bernard Fontana à la tête d’EDF, dans un contexte énergétique tendu, marqué par la flambée des prix, la transition climatique et le grand retour du nucléaire. Discret mais redoutablement efficace, ce haut dirigeant habitué aux restructurations complexes incarne une nouvelle ère pour EDF, à mi-chemin entre exigence industrielle et défis stratégiques nationaux. Portrait d’un homme aux commandes d’un navire électrique en pleine tempête.

Né le 11 mars 1961 à Tamatave (Madagascar), Bernard Fontana est diplômé de l’École polytechnique et de l’ENSTA, et ingénieur du corps de l’armement. Il a débuté sa carrière à la SNPE, avant de rejoindre ArcelorMittal, où il a dirigé la division inox et orchestré l’introduction en bourse d’Aperam en 2011. En 2012, il prend la tête du cimentier Holcim, qu’il mène jusqu’à la fusion avec Lafarge en 2015. La même année, il devient président de Framatome, filiale d’EDF spécialisée dans le nucléaire, qu’il redresse et rend à nouveau rentable.

Expertise nucléaire et leadership industriel

Bernard Fontana est reconnu pour sa capacité à restructurer des groupes industriels complexes. Chez Framatome, il a su restaurer la confiance dans la filière nucléaire française. Son profil d’ingénieur pragmatique et discret contraste avec celui de son prédécesseur, Luc Rémont, dont la gestion plus financière a suscité des tensions avec l’État. Sa nomination est perçue comme un retour à une approche industrielle centrée sur la production et la compétitivité.

Une nomination clivante

Bien que validée par le Parlement, la nomination de Bernard Fontana n’a pas fait l’unanimité. Au Sénat, 28 voix se sont opposées à sa désignation contre 14 favorables, certains élus déplorant une audition jugée « sans relief ». Des interrogations persistent sur sa vision des énergies renouvelables et sur sa capacité à garantir des prix de l’électricité compétitifs pour l’industrie.

Défi N°1 : piloter la relance nucléaire

Bernard Fontana hérite d’un agenda chargé : relancer le programme nucléaire français avec la construction de six nouveaux réacteurs EPR2 d’ici 2038, maîtriser les coûts et les délais des chantiers en cours comme celui de Flamanville, et négocier des contrats d’électricité à long terme avec les industriels. Il devra également renforcer les liens avec le gouvernement, unique actionnaire d’EDF, et restaurer la confiance des partenaires européens, notamment dans les projets au Royaume-Uni.

La nomination de Bernard Fontana marque un tournant pour EDF. Son profil industriel et son expertise nucléaire sont des atouts pour relever les défis énergétiques de la France. Cependant, il devra faire face à des attentes élevées en matière de gouvernance, de compétitivité et de transition énergétique. Son succès dépendra de sa capacité à concilier les impératifs économiques, industriels et environnementaux.

Photo : lesechos.com